Des voix juives de Belgique appellent à des sanctions contre Israël

Huit mois après le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas, le sort des Palestinien·nes est passé au second plan de l’actualité. Pourtant, rien n’est réglé. Que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est, les Palestinien·nes continuent de subir des violations systématiques de leurs droits élémentaires.  

Juifs et juives de Belgique, engagé·es pour une solution juste au conflit entre l’État d’Israël et le peuple palestinien, signataires de la lettre ouverte « Pas en notre nom » publiée en mai 2025, nous tenons à exprimer notre indignation face aux violences continues infligées au peuple palestinien par les autorités israéliennes. Nous appelons nos dirigeant·es à agir pour mettre un terme à l’impunité dont bénéficie l’État d’Israel.

À Gaza, où, selon de nombreux experts, la population a été victime d’actes pouvant être qualifiés de génocide, la situation humanitaire demeure catastrophique. Des frappes israéliennes se poursuivent malgré le cessez-le feu théorique. L’armée israélienne a étendu son contrôle à 60% du territoire et menace de mort quiconque s’approche de la zone qu’elle occupe. Les habitants manquent de tout. Le territoire est détruit à plus de 80% : logements, établissements de soins, systèmes agricoles, écoles… sont largement démolis ou gravement endommagés. Israël continue pourtant de restreindre drastiquement l’arrivée de l’aide humanitaire et d’interdire l’entrée de nombreux biens, y compris des équipements médicaux, au motif qu’ils seraient « à double usage », empêchant la reconstruction.

En Cisjordanie, les violences commises par les colons israéliens envers les habitant·es palestinien·nes ont explosé depuis le 7 octobre 2023. Une véritable stratégie de harcèlement et de terreur a été mise en place dans le but de forcer les Palestinien·nes au départ afin d’annexer leurs terres et d’étendre les colonies. Ces actes ne sont pas le fait d’individus marginaux ou isolés : ils participent d’une politique délibérée d’expansion territoriale et de nettoyage ethnique menée par le gouvernement de Netanyahou, qui apporte un soutien financier et militaire massif aux colons.

Le 30 mars 2026, le Parlement israélien a voté une loi instaurant la peine de mort pour les auteurs de meurtres qualifiés de terroristes, conçue pour s’appliquer uniquement aux Palestinien·nes. Cette loi aggrave encore un système judiciaire discriminatoire, qui soumet les Palestinien·nes des territoires occupés à des tribunaux militaires alors que les colons israéliens relèvent de juridictions civiles. Elle représente une faillite morale et un reniement des valeurs de justice, d’équité et d’humanité qui font partie intégrante du judaïsme tel que nous le concevons.

Les exactions envers les Palestinien·nes détenu·es dans les prisons israéliennes ont pris des proportions effarantes depuis le 7 octobre 2023. Dans un rapport publié en janvier 2026, l’ONG israélienne B’Tselem dénonce « une politique systématique et institutionnalisée de torture et de mauvais traitements à l’encontre des prisonniers palestiniens ». Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’est vanté publiquement de ne pas nourrir suffisamment les prisonniers palestiniens et d’avoir fait des prisons « un enfer ». Plusieurs rapports d’ONG, d’agences des Nations Unies et de journalistes ont documenté des violences sexuelles récurrentes à l’égard de détenu·es palestinien·nes.

Au-delà de la question palestinienne, l’offensive lancée par Israël au Liban en mars dernier, dans une réaction totalement disproportionnée à des attaques du Hezbollah, a provoqué la mort de plusieurs milliers de personnes et le déplacement de plus d’un million d’habitant·es. Israël occupe désormais une zone de 600 km2 dans le sud-Liban et interdit aux habitant·es de retourner chez eux.     

Face à une telle accumulation de violations graves et délibérées du droit international et des droits humains, nous sommes consterné·es de la faiblesse des réactions internationales, en particulier de la part des dirigeant·es européen·nes.

Au niveau belge, le gouvernement s’est certes engagé en septembre 2025 à interdire l’importation de marchandises provenant de colonies israéliennes. Mais à ce jour, l’arrêté royal nécessaire pour mettre en œuvre cet engagement n’a toujours pas été adopté.

L’Union européenne, de son côté, a montré, face à l’agression de l’Ukraine par la Russie, qu’elle était capable de réagir de façon ferme à des violations du droit international. Dans le contexte israélo-palestinien, cependant, elle s’est limitée jusqu’à présent à des condamnations de principe et des sanctions individuelles visant une dizaine de colons violents et quelques associations qui les soutiennent. Aucune mesure n’a été adoptée contre l’État d’Israël ou des membres de son gouvernement.

Il est urgent que l’UE, non seulement interdise l’importation de produits en provenance des colonies israéliennes, qui sont illégales au regard du droit international, mais aussi qu’elle suspende l’accord d’association qui accorde à Israël des conditions avantageuses de coopération économique et commerciale. Ce ne serait là que l’application de l’article 2 de cet accord qui dispose que les relations entre l’UE et Israël doivent se fonder sur le respect des droits humains et des principes démocratiques.

L’heure n’est plus aux condamnations morales sans lendemain. Seules des sanctions concrètes et effectives peuvent avoir un impact sur un État qui semble avoir fait du recours à la violence et à la guerre son seul horizon politique. De telles sanctions sont réclamées par de nombreuses voix juives de par le monde attachées avant tout aux valeurs de justice et d’humanité.

Premiers signataires:

Georges BAUHERZ, Maïra BAUHERZ, Joëlle BAUMERDER, Caroline BERLINER, Vincent ENGEL, Ariane ESTENNE, Julie FISZMAN, Sharon GECZYNSKI, Henri GOLDMAN, Lucy GRAUMAN, Thomas GUNZIG, Ginette HERMAN, Daniel HERMAN, Anne HERSCOVICI, David MENNESSIER, Jonathan MOSKOVIC, Joachim OLENDER, Pierre-Arnaud PERROUTY, Alain POTAZNIK, Gérard PRESZOW, Anne RAKOVSKY, Julie RINGELHEIM, Sabine RINGELHEIM, Aurélien RINGELHEIM, Noémie ROGER, Sacha SCHIFFMANN, Jacques SCHIFFMANN, Simone SÜSSKIND, Lara SZYPER, Olivia VENET, Bruno VINIKAS, Laurent VOGEL.