Honte
Chères amies, chers amis
Vous avez signé l’appel PAS EN NOTRE NOM rendu public le 13 mai 2025. En seulement trois jours, nous avions recueilli 729 signatures, au point de devoir clôturer la collecte car l’afflux de soutiens dépassait nos moyens. Ce fut un résultat impressionnant, un signe fort de l’importance des voix juives critiques en Belgique.
Cet appel se terminait comme suit : « Comme Juifs et Juives de Belgique, nous appelons notre gouvernement et les responsables politiques européens à cesser toute complaisance à l’égard d’un État criminel et à lui imposer des sanctions en proportion avec la gravité des crimes commis. »
Trois mois plus tard, le constat est amer. À Gaza, la situation humanitaire s’est encore aggravée. Ce qu’il est difficile de ne pas qualifier de génocide a franchi de nouveaux seuils de cruauté, culminant aujourd’hui dans une famine organisée alors que des centaines de camions chargés d’aide alimentaire et sanitaire restent bloqués aux frontières. Après avoir rejeté plusieurs propositions d’accord de cessez-le-feu, le gouvernement israélien envisage froidement de réoccuper la bande la Gaza, prétendument « pour en finir avec le Hamas ».
En Europe, les lignes commencent à bouger timidement. L’Allemagne, deuxième fournisseur en armes d’Israël, vient de mettre fin à ses livraisons. Sans attendre une position unanime de l’Union européenne, de nombreux États membres se sont engagés dans la voie des sanctions : l’Irlande, l’Espagne, la Slovénie, les Pays-Bas. La France et le Royaume-Uni, rejoints par l’Australie et le Canada, ont annoncé qu’ils reconnaîtraient l’État de Palestine lors de la prochaine assemblée générale de l’ONU.
Un gouvernement belge paralysé
Ça avance donc… mais pas en Belgique. La ligne actuelle du gouvernement Arizona, c’est : pas de sanctions, pas de reconnaissance de l’État palestinien, pas de rappel des ambassadeurs, rien. Alors que l’opinion publique y est largement favorable, que trois partis de la majorité sur cinq ont clairement fait savoir qu’ils souhaitent avancer dans ce sens, rien ne bouge. Malgré le discours du Roi du 21 juillet dénonçant les graves dérives à Gaza, les qualifiant de « honte pour l’humanité toute entière ». Malgré les proclamations du ministre des Affaires étrangères émises « à titre personnel », faute d’accord gouvernemental. Deux partis bloquent toute avancée en Belgique.
Des institutions juives dans le déni
De leur côté, les associations dites représentatives de la communauté juive de Belgique – le CCOJB et le Forum – se taisent dans toutes les langues face aux responsabilités israéliennes du désastre humanitaire à Gaza. Non contentes de se refuser à la moindre critique envers le gouvernement israélien, elles se sont fendues le 21 juillet d’un communiqué critiquant le discours royal. Reprenant le narratif de la diplomatie israélienne, elles ont reproché au Roi Philippe de ne pas avoir évoqué les otages israéliens, rappelé la responsabilité du Hamas ni dénoncé la position soi-disant « manichéenne » du secrétaire général de l’ONU. Le sort des otages israéliens détenus dans des conditions indignes par le Hamas est sans conteste déchirant et nous heurte tout autant que les souffrances endurées par la population palestinienne de Gaza. Mais les faits sont là : si les otages n’ont pas encore tous été libérés, c’est parce qu’Israël a rompu le 18 mars l’accord de trêve dont la deuxième phase prévoyait leur libération contre un cessez-le-feu, dont le gouvernement israélien ne veut à aucun prix. Le forum des familles des otages en Israël ne s’y trompe pas : soutenues par un grand nombre d’Israéliens et d’Israéliennes, elles manifestent chaque semaine pour dénoncer le refus de leur gouvernement de parvenir à un accord avec le Hamas et pour réclamer la fin de la guerre. Le 17 août dernier, ce sont plusieurs centaines de milliers de personnes qui ont défilé sous ces mots d’ordre à Tel Aviv.
En se faisant l’écho de la rhétorique du gouvernement israélien, le CCOJB et le Forum alimentent au sein de l’opinion publique l’idée qu’être juif, être juive, implique de soutenir aveuglément l’État d’Israël, quoi qu’il fasse. Surtout, ces associations trahissent les valeurs d’humanisme et d’universalité auxquelles nous sommes attachés. C’est pourquoi il est de la plus haute importance que nous réaffirmions chaque fois que l’occasion se présente : PAS EN NOTRE NOM.
Participons à la manifestation du 7 septembre
Le 7 septembre prochain, la manifestation “carton rouge” aura lieu à Bruxelles à l’initiative d’une coalition d’ONG et de syndicats. Soyons nombreuses et nombreux à y participer. Amenons des pancartes et des calicots pour rendre visible une présence juive forte. Montrons que les Juifs et les Juives de Belgique ne soutiennent pas les horreurs en cours à Gaza. Alors qu’en Israël même, des milliers de personnes descendent dans la rue pour manifester contre la folie meurtrière de son gouvernement, nous ne pouvons pas rester silencieux.
Pour le collectif « Pas en notre nom » :
- Georges Bauherz
- Sharon Geczynski
- Henri Goldman
- Anne Herscovici
- Jonathan Moskovic
- Pierre-Arnaud Perrouty
- Aurélien Ringelheim
- Julie Ringelheim
- Simone Susskind
- Lara Szyper
- Olivia Venet